Thèmes de recherche :

  • Destructivité

Gérard Rabinovitch observe que l’événement énigmatique du nazisme, impose l’usage du concept de destructivité. Le concept de destructivité n’appartient pas vraiment au champ lexical de la philosophie et de la sociologie. Anomie, déviance, délinquance , crime, violence, agressivité, désordre, discrimination, suicide, exclusion, réification, tyrannie, génocide, fascisme, totalitarisme, oui. En qualité de notion, la « destruction » est néanmoins incluse dans la perpective clinique de l’anthropologie psychanalytique. Et connaît un intérêt croissant, quoiqu’encore périphérique de la littérature psychanalytique ces dernière années. Construire la consistance de la destructivité comme concept reste encore à faire dans le cadre d’une science sociale des « affectivités politiques ». La tradition phénoménologique (Simmel) et la sociologie compréhensive (Weber) constituent des guides de direction pour l’étude des affectivités dans le social. Avec l’hypothèse de la « pulsion de mort » dans sa version hétérodestructrice (pulsion de destruction), la psychanalyse pourrait rendre raison de ce que Kant consignait sous la formule de Mal radical. Gérard Rabinovitch s’emploie, à travers ses objets de recherche (nazisme, pègres et mafias, génocide au Rwanda, manifestations de délitement contemporain du lien social, etc.) et au concours de groupes de travail et du séminaire qu’il codirige à l’Université de Nice, à poser des jalons pour la validation de ce concept. Il prolonge ainsi l’étude généalogique et sémantique de la notion de barbarie, et des conséquences épistémologiques, descriptives et interprétatives qui résultent de ses réaménagements possibles.

  • Une Éthique de la Désillusion

Longtemps le monde du progrès s’est couché de bonne heure. Le XIXe siècle avait fait du Savoir et de la Technique les vecteurs du progrès social et les alliés de l’émancipation citoyenne et démocratique. Ils n’ont en rien jugulé l’appétit prédateur et les pulsions destructrices qui travaillent l’humanité. Au contraire, il faut constater avec Max Horkheimer que « si les hommes ne deviennent pas meilleurs avec l’accroissement des facultés apportés par le Savoir, signifie qu’ils deviennent pires ». Pour Gérard Rabinovitch, il n’y a peut-être d’Éthique véritable aujourd’hui que celle qui s’amorcerait dans la Désillusion. Qui y établirait ses bases. Qui ne dirait pas d’abord le Bien, mais qui scruterait d’abord le Mal. Ce n’est seulement qu’à partir de celle-ci, qui incite à construire l’intelligence de veille sur les puissances mortifères qui rôdent, qu’il serait possible de se dégager, peut-être un peu, des exultations de la « toute-puissance » ; qu’il serait possible d’approcher l’autre comme son « prochain », embarqué dans la même galère. Ce n’est que depuis une Éthique de la Désillusion qu’une Espérance pourrait être encore « relevable » aux conditions -entre autres- d’une construction d’un « tissu » du langage interrogeant dans ses sémantiques les lexèmes et syntagmes chosifiants.

  • Contributions de la psychanalyse pour l’abordage des questions éthiques

Avec la découverte clinique de l’Inconscient, la psychanalyse a établi bien plus que la révélation des pulsions auxquelles le sujet est soumis et dont le contrôle lui échappe largement, plus que la découverte de la sexualité infantile qui fit scandale en son temps, en percutant les mythologies de l’innocence enfantine et celles de l’état originel de mutuelle bienveillance décrit par Rousseau, dont l’enfant aurait été l’ultime résidence.

Mais encore, avec l’établissement de la nature langagière de l’Inconscient freudien (Cf. L’interprétation des rêves, Le mot d’Esprit et ses rapports avec l’Inconscient, Psychopathologie de la vie quotidienne), s’est construit, non seulement la possibilité de la « talk therapy » analytique, mais, également, un des points par où se situe le rattachement du pôle de la subjectivité à celui de la collectivité, sur l’horizon, comme le formule Bernard Valade (Cf. son article « psychanalyse et sociologie »), que forment la « société », la « civilisation », et l’« histoire ». À cette aune, on comprend l’inutilité, selon Gérard Rabinovitch, d’un concept d’« inconscient collectif » tel que Young le postula. Comme le dit Marie Moscovici « ce qui est collectif, c’est ce que tous ont en partage, à savoir l’existence de l’Inconscient ». Mais que, par contre, la Culture peut être assimilée à une « Psyché collective », d’après la formulation du psychanalyste Jacques André. Déjà en tant que productrice et résidence d’idéaux. Idéaux par lesquels le collectif vient inscrire sa marque dans l’intimité du sujet. Pour Gérard Rabinovitch, il faut retenir comme un élément d’éclaircissement le concept d’Ideal Ich, d’idéal du moi, freudien, engendré par l’introjection des valeurs transmises et directement en jeu dans le travail de refoulement ou de sublimation des pulsions condamnées. C’est par ce biais de l’idéal du moi que l’inconscient de chacun est aussi fonction du discours général. Toute névrose recèle un conflit entre pulsions et désirs d’une part, et normes et valeurs d’autre part. Réciproquement, le langage, comme ordre propre de l’humain (la communication animale la plus sophistiquée soit-elle, connaît-elle les métaphores et les métonymies ?), s’inscrit dans le réel et le transforme. Le langage dans l’acception psychanalytique n’est pas qu’un instrument de communication, sinon il n’y aurait pas de cure possible, mais il est encore un opérateur qui métamorphose le réel. La réalité sociale, la politique, l’éducation, le couple, etc., en témoignent. Ce n’est donc pas seulement le sujet individuel qui est marqué dans son intimité par le collectif, c’est le collectif, qui comme le sujet, est articulé par le langage.

Enfin avec le concept de « jouissance » (proposé par Jacques Lacan) qui évoque un irrédentisme des pulsions, et consigne un impératif, entrainant une « éclipse subjective », se dessine la perspective que celle-ci puisse prendre un office acceptable pour la sociologie et la philosophie politique, à côté déjà de ceux de « Main invisible » (A .Smith), ou de « Roi clandestin » (G.Simmel).

Titres, responsabilités et fonctions :

Philosophe, sociologue, chercheur au CNRS , Centre de Recherches : Sens, Éthique, Société (CERSES)

Cinq derniers articles ou ouvrages et cinq publications plus anciennes :

Articles :

  • « Figuras da Barbàrie », Psicologia em revista, n°17, volume 11, ed. PUC Minas, Belo Horizonte, Brésil, 2005, p.11-28
  • « Par la voie du Behemoth », Cliniques méditerranéennes, Revue de psychanalyse et de psychopathologie freudiennes, n° 75, Centre interuniversitaire de psychopathologie clinique, Université d’Aix en Provence, éd. Éres, 2007, p.227-246
  • « Terrorisme et Résistance », in Sociedade contemporanea, rupturas e vinculos sociais, Annales des travaux complets du XI Colloque international de psychologie et sociologie clinique, ISSN 1982-2944, Université fédérale de Belo Horizonte, Brésil, 2007.
  • « Algumas confusoes e anomias lexicas na época das sociedades de massa » revue Veredas do direito, vol. 4, n°7 , École supérieure de Droit, Dom Helder Camara, Brésil octobre 2007, p.45-61
  • « La Mort et la vie sont au pouvoir de la langue », Estudos Lacanianos n°2, Université fédérale du Minas Gerais, Belo Horizonte, Brésil.

Livres :

  • Le Sourire d’Isaac, L’humour juif comme Art de l’Esprit, éd. Mango/ ARTE éditions Paris, 2002, 190 p
  • Schoà : Sepultos nas Nuvens, Éditora Perspectiva, coll. Khronos, Sao Paulo, Brésil, 2004, 128 p.
  • Antijudaïsme et Barbarie, direction de la publication, Éditions In Press, coll. Pardes n°38, Paris, 2005, 240 p.
  • Connaissance du Monde juif, direction de la publication (avec Évelyne Martini), Éditions du CNDP/CRDP, coll. Documents, Actes et Rapports, pour l’Éducation, Paris, 2008, 243 p.
  • De la destructivité humaine, fragments sur le Behemoth, éd. des PUF, coll. La condition humaine, 163p. (à paraître janv 2009).