Tram/IIAC CNRS/EHESS et CRPMS, Université Paris VII Diderot, département de Psychanalyse, IHP.

Comité d’organisation : Fethi Benslama, Marie Ladier-Fouladi, Laurie Laufer, Sophie Wahnich
Argument

La psychanalyse depuis Freud, en particulier dans ses pratiques théoriques, peine à penser une foule qui ne serait pas cruelle, peine ainsi à penser une articulation possible entre les processus d’identification qui fondent la foule et les processus d’émancipation des phénomènes révolutionnaires. Les événements de l’hiver, du printemps et de l’été 2010-2011 en Tunisie, en Egypte, en Syrie ont montré des foules qui encourraient les risques d’une répression violente sans pour autant activer une quelconque violence destructrice en regard. Bien au contraire ces foules révolutionnaires ont montré qu’elles agençaient des articulations complexes entre individus et collectifs dans une horizontalité où les figures de leaders n’étaient jamais fixées et où la violence était constamment déjouée. Ces foules révolutionnaires, loin des stéréotypes issus de Taine reconduits par une certaine psychologie des foules, n’étaient pas des foules massacrantes. En tant que telles elles appellent à questionner à nouveaux frais ces stéréotypes et leur fondements théoriques. Cette question de la foule massacrante ou émancipée et pacifiée pose d’une manière frontale une question centrale et pour l’histoire et pour la psychanalyse. Quelles sont les conditions pour qu’advienne en situation, une compétence sociale ou individuelle, dans l’un et l’autre cas subjective, de ce qu’on pourrait appeler la retenue de la cruauté et partant de là des effets de foule émancipateurs ? Dès le XVIIe siècle, face aux effet dévastateurs de l’enthousiasme religieux des foules, Shaftesbury avait conseillé non de s’en débarrasser mais de le contrôler par des arts de faire avec : le mot d’esprit ou humour britannique, mais aussi la segmentation des foules en groupes plus restreints, la multiplicité des objets d’identification de manière à ne pas concentrer dans un seul idéal la compétence à faire lien par l’idéal. Dans tous les cas, son objectif était bien de retenir la cruauté de l’enthousiasme. A l’articulation de situations ou de contextes historiques spécifiques, -les révolutions d’Angleterre, la Révolution française, les révolutions du monde arabe contemporain-, et de la psychanalyse dans sa dimension théorique et pratique, ce colloque aimerait explorer ces manières de retenir la cruauté, et reconsidérer les effets de foules, les « foules en effets ».

Les communications de ce colloque s’inscrivent aux croisements disciplinaires de l’histoire, de la psychanalyse, de la sociologie, de la philosophie et de l’anthropologie dans la série de thèmes de réflexion suivante :
Foules entre sublimation et abjection enjeux théoriques et phénomènes historiques, foules libérantes, enfermantes, aliénantes, instituantes, destituantes…
L’utopie égalitaire de la foule.
Désir de vivre et risque de mourir, la sacralité de la vie, humour, musique et danse dans les phénomènes de foule.
La figure du leader et de l’identification, l’insurgé/ insurgeant, l’émeutier, le militant, quel partage du temps et de l’espace ? Quelle puissance de renversement de la foule ?
Vendredi 4 octobre 2013